Attractivité des métiers du sanitaire, du social et du médico-social : trois rapports pour éclairer l’action publique

Entre 2024 et 2025, l'IGAS a mené trois missions complémentaires visant à éclairer les multiples dimensions de l’attractivité de ces métiers (hors professions médicales) et à proposer des leviers d’action :

- la première sur l'analyse des tensions du marché (RAPPORT IGAS N°2024-069R) : entre 2012 et 2023, le nombre d’infirmières diplômées a baissé, passant de 26 447 à 24 215, alors même que la population totale française a augmenté de 2 millions de personnes, avec une part croissante des plus de 65 ans, grimpant de 17 % à 21 %. Le levier principal est, pour l'IGAS, de former davantage en organisant une véritable stratégie nationale RH. Un certain nombre de métiers-pivots sont en réelle tension. Le rapport évoque une baisse du nombre de candidats pour les professions du travail social, pour les aides-soignantes des places en IFAS qui ne sont pas saturées, et pour les infirmières de taux d’interruption ou d’abandons beaucoup plus forts. Il est ainsi rappelé que le volume de personnels disponibles sur le marché du travail souffre de phénomènes d’attrition importants liés à de nombreux départs (du fait des conditions de travail, et de la concurrence de l’intérim), de temps partiels majoritaires dans certaines professions (notamment les aides à domicile) qui, pour un même nombre de personnels, limite le volume de prise en charge possible. De plus, beaucoup de professionnels ne sont pas diplômés (par exemple ceux qui font fonction d'aides-soignants), voire pas formés (aides à domicile). L'IGAS souhaite également que soient développées les initiatives locales fructueuses, à très court terme. Les employeurs doivent être mieux accompagnés, et les métiers mieux promotionnés avec des campagnes ciblées. Le recours à l'intérim doit être limité par exemple en se regroupant (les groupements d’employeurs pourraient devenir la norme) ;

- la deuxième pour dresser un état des lieux des données disponibles sur les ressources humaines (RAPPORT IGAS N°2024-073R). La capacité à piloter des pouvoirs publics doit être renforcée à plusieurs niveaux : mieux anticiper et suivre les évolutions de la masse salariale, évaluer les tensions RH des différents secteurs, calibrer des réponses structurées dans le cadre d’une politique de ressources humaines solide et partagée, qui s’appuient sur des travaux prospectifs robustes. Le rapport préconise ainsi de mettre en place des indicateurs pouvant être déclinés au niveau régional, par type d'établissements et de professions. Il pointe également la place peu enviable du niveau régional qui peine à trouver sa place faute d’outils, de moyens et de rôle bien identifié.

- la troisième pour évaluer l’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), dans les secteurs de l’autonomie (grand-âge), retenu par la mission, et du handicap, où le nombre d’accidents du travail est supérieur à la moyenne nationale (RAPPORT IGAS N°2024-095R). Cette sinistralité représente un coût estimé à 20 000 équivalents temps plein en 2023, soit près de 0,9 Md€. Elle se traduit également par des départs prématurés pour inaptitude, contribuant à un turn-over du personnel. La mission propose une stratégie qui repositionne clairement la prévention des risques professionnels au fondement du soutien public à la QVCT (objectif : zéro port de charge délétère pour la santé). 

Six propositions sont formulées afin d’agir sur différents axes de l’attractivité des métiers :

- Mettre en place un nouveau modèle de pilotage des ressources humaines à travers la création d’un comité interministériel des ressources humaines du sanitaire, du social et du médico-social et l’élaboration d’une stratégie nationale des ressources humaines, à l’image des approches déployées dans plusieurs pays européens.

- Mettre en réseau les institutions chargées de l’observation et de la prospective des métiers de la santé et de l’accompagnement social, afin de simplifier et fiabiliser les données et renforcer leur utilité pour les acteurs ;

- Produire un tableau de bord annuel des tensions RH pour l’ensemble du secteur et améliorer la connaissance prospective afin d’anticiper les besoins en recrutement ;

- Augmenter fortement le nombre de professionnels certifiés, en formation initiale ou continue, tout en réduisant l’attrition observée parmi les personnels formés ; 

- Mieux accompagner les employeurs, et valoriser les initiatives locales fructueuses, comme les plates-formes des métiers l’autonomie, d’une part, et mobiliser davantage France Travail en faveur de ces secteurs, d’autre part.

- Réduire significativement la sinistralité du secteur de l’autonomie, comme le démontrent les comparaisons internationales — notamment avec le Québec — et sectorielles, comme celle menée avec le secteur du BTP.  Ces expériences montrent qu’une stratégie claire, centrée sur un objectif affirmé - supprimer les ports de charge délétères pour la santé- peut transformer durablement les conditions de travail. L’IGAS propose un plan décennal, mobilisant des outils existants et reposant sur un investissement massif en matériel (rails plafonniers, aides techniques) et la formation initiale et continue comme l’accompagnement des managers.

Jurisprudence
Primes et indemnités
Questions-réponses