Face à l’augmentation des signalements en matière de santé et à la prolifération de pratiques de soins non conventionnelles à risque, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) publie son nouveau guide « Santé et dérives sectaires », réalisé en collaboration avec le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées et les Ordres professionnels de santé. Le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées présente également le « Dérivomètre », un outil pédagogique destiné à aider chacun à identifier les situations à risque et à adopter les bons réflexes.
La loi n°2024-420 du 10 mai 2024 vise à renforcer la lutte contre les dérives sectaires et à améliorer l'accompagnement des victimes (voir notre veille “Dérives sectaires : la loi est publiée” et notre fiche “La lutte contre les dérives sectaires”).
La Miviludes, mission interministérielle chargée de la mise en œuvre de la politique de prévention des dérives sectaires et de lutte contre ces dérives, définit la dérive sectaire comme « un déploiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion qui porte atteinte à l'ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des personnes. Elle se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société ».
Don rapport d’activité 2022-2024 fait état d’une importante augmentation du nombre de signalements et demandes d’information qui lui sont adressés (voir notre veille “La Miviludes continue d'alerter sur les dérives sectaires dans le champ de la santé”).
Les outils proposés par le ministère et la Miviludes sont ainsi complémentaires.
Le guide de la Miviludes intègre des fiches métiers élaborées avec les conseils nationaux des Ordres professionnels (médecins, pharmaciens, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, sage-femmes, chirurgiens-dentistes, pédicures-podologues) en deuxième partie. Ces fiches identifient les signaux d'alerte spécifiques à chaque profession et précisent les conduites à tenir face à un patient sous emprise ou à des pratiques suspectes. Il actualise les évolutions de la législation. La troisième partie du guide est consacrée aux situations à risques dans les établissements sanitaires et médico-sociaux (refus de soins, patient en fin de vie, nutrition…). La fiche 3-1 montre que certaines pratiques s'intègrent peu à peu dans les établissements, dans le but
d’améliorer le confort, d’atténuer les effets secondaires de traitements lourds ou d’aider au prolongement de l’autonomie chez les personnes âgées, ce qui n'est pas, a priori, problématique lorsqu'elles sont intégrées dans le protocole de soins et mises en œuvre par le personnel. Néanmoins, il convient de demeurer vigilant. La Miviludes souligne ainsi avoir été interrogée à de nombreuses reprises par des directeurs d’hôpitaux qui se sont vus proposer, par leur directeur des soins, l’introduction de méthodes telles que le reiki dans les services maternité et pédiatrie ; cette technique d’origine japonaise consiste à poser doucement les paumes des mains sur différents points du corps. La dernière partie propose des conseils pratiques.
Le « Dérivomètre » est un outil pédagogique destiné au grand public pour mieux repérer les situations à risque liées aux pratiques non conventionnelles en santé (PNCS) c'est-à-dire celles qui ne sont pas validées scientifiquement selon les mêmes standards que les pratiques de soins conventionnelles. Trois niveaux (jaune, orange, rouge) permettent de se situer. Certaines de ces pratiques sont assez courantes (ostéopathie, chiropraxie, hypnose, mésothérapie, auriculothérapie, acupuncture). Certaines font même l'objet d'un enseignement universitaire qui n'a pas de valeur nationale (sauf pour l'acupuncture) et le ministère insiste sur ce point (voir “Les pratiques non conventionnelles en santé”).